Quelques chiffres

Il y a 250 millions de migrants internationaux dans le monde, soit 3,5% de la population mondiale (chiffres de 2015 avec une population de 7,2 milliards).

La grande majorité des migrations s’effectuent entre pays de même niveau de développement (les pays pauvres ou en voie de développement accueillent 86 % des réfugiés dans le monde), un tiers seulement s'effectuent d’un pays en développement vers un pays développé, et ce ne sont pas les populations les plus pauvres qui migrent, car la migration a un coût (voyage, papiers, passeurs) et seuls les plus aisés parviennent à réaliser ce projet.

En 2015 en Europe, on a dénombré 1,26 millions de demande d'asile, soit 0,25% de la population européenne (508 millions). En France: 80 000 demandes d’asile, soit 0,12%  de la population française (66 millions). Plus de 800 000 en Allemagne, 160 000 en Italie, 55 000 en Grèce...   

Actuellement environ 200 000 immigrés entrent en France par an, soit 0,3% de la population (contre 0,6% en moyenne dans les autres pays de l’OCDE). Parmi eux, beaucoup ne font que passer, seulement 80 000 effectuent une demande d’asile soit 0,12%. Et seulement 1/3 obtiennent le statut de réfugié: 27 000 réfugiés soit moins de 0,05%.                                                                                 La France est donc loin d’être envahie. Elle ne peut certes pas accueillir toute la misère du monde mais elle doit en prendre sa part, et elle le fait pour l’instant bien modestement.   

Parmi les demandeurs d'asile, 27% sont des enfants, 48% sont des femmes. Les personnes migrantes qui arrivent sont souvent plus qualifiées et plus jeunes que la population française, près de 40 % sont diplômées de l’enseignement supérieur.                                                                                                                                                                              

Quatre pays sont en France considérés comme étant en guerre : la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et l’Érythrée.                                Pourtant, beaucoup d’autres peuples fuient des guerres non-reconnues par la France, comme les Soudanais, en guerre civile depuis plusieurs années, et qui représentent en France la plus grande proportion de demandeurs d’asile, ou les Kurdes, peuple disséminé en Turquie, en Iran, en Irak et en Syrie, fuyant la guerre contre Daesh…                                                                  

Les voies de transit sont principalement la Méditerranée centrale, de la Libye vers l’Italie (environ 110.000 arrivées par cette voie), la voie du Maroc à l’Espagne via Gibraltar (plus restreinte, de l’ordre de 10.000 arrivées) et la voie de la Turquie vers la Grèce (pratiquement fermée, environ 5.000 arrivées).

Pour limiter l'entrée de migrants,  l'UE conclut des accords par exemple avec la Lybie, le Soudan ou la Turquie, dans lesquels les réfugiés sont victimes de nombreuses violences. Elle renforce également les moyens pour barrer la route à celles/ceux qui tentent de franchir les frontières extérieures. Or la « fermeture » de certaines routes migratoires ne fait que favoriser l'ouverture d'autres plus dangereuses.  3 700 migrants sont morts noyés en 2015 et au moins 5 000 en 2016.      

   

Les différentes causes de migration

La cause principale des migrations est la situation économique, politique ou écologique des pays d’origine. Et bien souvent les causes sont plurielles, influant les unes sur les autres : pauvreté, conflits, difficultés sociales et politiques, problèmes environnementaux (la pauvreté résultant des conflits et des crises politiques et sociales…)

Rappelons que la différence majeure de développement entre le “Nord” et le “Sud” est en grande partie le résultat de politiques néo-libérales mises en place par le “Nord”.

De plus, quand des personnes confrontées à de grandes difficultés économiques ne voient d’autre possibilité que de partir, elles ne partent pas seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour envoyer de l’argent à leur famille ou leur village, permettant ainsi une amélioration des conditions de vie de leur communauté. Les gouvernements des pays d’origine des migrants sont également intéressés par ces transferts de fonds, qui jouent un rôle-clé dans leur économie.

Contrairement aux idées reçues, 40% des personnes migrantes sont diplômées de l’enseignement supérieur, et souffrent de l’absence d’équivalence de ces diplômes, les empêchant d’exercer le travail auquel elles pourraient prétendre…

Quand des personnes partent à cause de circonstances politiques (fuyant les guerres, les conflits ethniques, religieux, les violations des droits de l’homme et d’autres situations de ce type), elles sont parfois immédiatement reconnues comme réfugiées (le plus souvent dans les pays voisins).

Et quand un homme est contraint de quitter sa région pour une cause climatique (en raison de la dégradation de son environnement ou d’une catastrophe naturelle liée au dérèglement climatique), doit-on le qualifier de “migrant économique” puisqu’il a perdu ses moyens de subsistance, ou de “réfugié” car il fuit des conflits concernant l’accès aux ressources ?

Ancrée dans un contexte politique et historique de plus en plus désuet, la distinction entre migrants et réfugiés est souvent inappropriée, et le dérèglement climatique est en train de devenir un phénomène à prendre en compte de manière assez urgente, l’ONU prévoyant

Il y a 250 millions de personnes réfugiées climatiques dans le monde en 2050.

Certaines personnes sont aussi victimes de trafic et forcées de migrer sans l’avoir forcément choisi (on estime les profits de la traite des êtres humains à 10 milliards de dollars par an).

Quoiqu’il en soit, les réfugiés ne quittent pas leur pays de gaieté de coeur. La prise des innombrables risques du trajet ne peut que révéler un sentiment de détresse ultime, et la sensation de ne pas avoir de choix. La migration est et restera toujours quelque chose de douloureux car elle représente un arrachement à un pays, à une langue, à des proches.

Enfin, pour quelques-uns seulement, la migration se fait par envie de découvrir le monde. Cette migration de découverte ou de formation est encouragée et valorisée car elle permet la découverte d’autres cultures et l’enrichissement personnel. Mais elle n’est accessible qu’à un petit nombre de privilégiés qui ont les moyens financiers et administratifs de s’offrir cette liberté.

Il y a environ 2,5 millions de Français expatriés à l’étranger (dont 15% en Afrique) qui sont également des migrants économiques, mais qui eux migrent par choix, pour obtenir des conditions de travail meilleures qu’ici.

 

Déconstruire les préjugés : les véritables impacts de la migration

Les chiffres ci-dessus ont démontré que l’immigration est loin d’être aussi “massive” qu’on le dit, en France comme dans le reste de l’Union Européenne. Pareillement, nos pays ne traversent pas de véritable “crise migratoire”, qui impliquerait une période bien délimitée dans le temps, puisqu’une crise est un événement brutal qui a un début et une fin. Or, cet afflux de migrants est loin d’arriver à sa fin, puisque les causes s’aggravent, et les moyens de migrer se multiplient… Ni murs de béton militarisés ni nouvelles lois n’empêcheront les migrations : ces limites étatiques influent simplement sur les trafics mafieux, et accroissent les risques déjà nombreux.

L’afflux de réfugiés ne nuit pas à la croissance économique du pays : au contraire il y contribue.

Les migrants participent à l’économie d’un pays : ils consomment, créant ainsi une demande supplémentaire, paient des impôts et des cotisations sociales, contribuent à produire des biens et des services (plus il y a de gens, plus il y a de services et plus cela crée de l’activité, et le nombre d’emplois n’est pas fixe dans une économie tertiaire).

Ceci se répercute à l’échelle nationale : ainsi la Suède, qui est en proportion le pays d’Europe accueillant le plus de réfugiés, a récemment connu un boom économique inattendu avec un taux de croissance de 4,5% (par comparaison, la progression du PIB en France est de 1,5%). L’Allemagne et l’Autriche, qui sont parmi les pays les plus accueillants en Europe, ont également une croissance en progression.

On trouve des migrants principalement dans les secteurs de la construction ou de la restauration, il y a aussi beaucoup d’agents d’entretien, de gardiennage, d’ouvriers du textile ou agricoles… De manière générale, ils pâtissent bien sûr d’un problème de reconnaissance, de difficulté linguistique, de discrimination, avec un emploi sur cinq en moyenne leur étant fermé, dont de nombreux métiers de la fonction publique. Quand leurs demandes d’asile sont encore en attente ou qu’ils sont sans-papier, ils s’exposent à de nombreux abus de la part de leurs employeurs.

Les migrants ne font pas exploser les prestations sociales.

La plupart des personnes qui effectuent ce périple sont très jeunes et en relativement bonne santé, et ne vont donc pas ruiner le système de santé ou de retraite. Beaucoup ont déjà reçu une éducation (comme indiqué précédemment, c’est la plupart du temps les franges les plus aisées et cultivées des populations qui parviennent à s’organiser pour entreprendre un tel périple). Et si certains se plaignent que leurs impôts sont utilisés pour loger et nourrir les migrants, les conditions de vie qu’on leur offre sont loin d’être idylliques: effectivement, quelques logements sociaux sont débloqués, de petites surfaces sur lesquelles des familles entières s’entassent, et c’est loin d’être toujours le cas (seuls 40% en moyenne en bénéficient), puisque l’Etat ne parvient pas à gérer la demande. C’est pourquoi l’apport bénévole est essentiel, avec des initiatives de particuliers s’engageant à loger des migrants dans leur chambre d’ami ou leur dépendance pour un certain temps. Le réseau Welcome, qui s’est développé dans toute la France pour organiser cette aide, joue un grand rôle pour aider ces personnes.

Les migrants ne volent pas le travail des Français.

Les demandeurs d’asile ne peuvent pas travailler tant que leur demande est en examen. Ils peuvent parfois obtenir une autorisation provisoire de travail, mais les conditions sont drastiques : il faut résider en France depuis plus d'un an, remplir des postes non pourvus (attestation de dépôt d’offre d’emploi à l’ANPE restée non pourvue pendant au moins six semaines), dans des sectuers précis, l'employeur doit payer pour leur embauche...
Pourtant il ne faut pas oublier que l’arrivée des migrants est un stimulant pour l’emploi et l’économie : ces futurs travailleurs sont aussi des consommateurs et des contribuables.

C’est l’offre de travail qui attire et quand l’offre est illégale il y a de l’immigration illégale (bâtiment, hôtellerie, agriculture, secteurs où l’on ne peut pas délocaliser). Tant qu’on ne supprimera pas le travail au noir, des migrants viendront travailler clandestinement...

L’afflux des migrants ne va pas renforcer les revendications communautaires.

C’est l’exclusion qui entraîne le repli communautaire, comme le démontrent certains exemples de quartiers défavorisés où des jeunes Français scolarisés depuis l’enfance, se « communautarisent » en réaction à l’exclusion sociale, géographique, au délaissement des pouvoirs publics. La plupart des nouveaux arrivants ont au contraire l’objectif (qu’on ne manque pas de leur rappeler) de se fondre au maximum dans la population qui les accueille.

Les difficultés d’intégration sont moins le fruit de différence culturelle que d’un manque de communication et de partage : l’inconnu fait peur, et la peur entraîne facilement un repli et un retranchement.

Les réfugiés ne sont pas des terroristes

Ce sont même les premières victimes de ce terrorisme et de ce radicalisme auxquels on les assimile trop facilement, et c’est une des causes essentielles de leur fuite (les réfugiés syriens par exemple, et plus largement les Kurdes, fuient justement Daesh après l’avoir combattu)

Aujourd’hui, les personnes de culture musulmane sont pointées du doigt : il y a pourtant seulement 7,5% de musulmans en France (dont 30% ne se rendent pas même à la mosquée), la majorité vit sa religion sans chercher à convertir son voisin et ne soutient pas plus Daesh que les protestants le Ku Klux Klan.

Accueillir des migrants est loin d’être la porte ouverte au terrorisme comme on l’entend parfois, et les auteurs des attentats des dernières années en France ou ailleurs étaient bien souvent français ou européens depuis des années. Reproduire cet amalgame, c’est perpétrer les logiques et servir les desseins de ceux qui s’emploient à semer la terreur ici comme là-bas, même si en ces temps troublés de peurs légitimes, de conflits internationaux et chômage grandissant, la tentation est grande de chercher des coupables.

 

Quelques perspectives d’avenir

L’augmentation constante des migrations vers les pays favorisés, riches et sécurisés est inéluctable. La facilité des communications et des déplacements permet d’y parvenir en dépit des entraves toujours plus coûteuses mise en place par les États pour défendre l’accès à leur territoire. Cette tendance est accentuée par l’aggravation des guerres au Moyen et Proche-Orient depuis trente ans et des violences de nombreux groupes radicaux (Daesh, ACMI, Boko Aram), mais aussi par la stagnation économique, qu’elle soit liée au changement climatique, aux traités commerciaux asymétriques, ou à la corruption des élites.

Le coût de notre politique d’éloignement est énorme :

Au total 13 milliards d’euros ont été dépensés par l’Union Européenne depuis l’année 2000 pour limiter l'enrée d'étrangers en Europe (financement de l’agence Frontex*, expulsions, constructions de murs par un certain nombre de pays européens…).

Frontex est l’outil de la politique migratoire de la Commission européenne.

Il s’agit d’une agence européenne chargée des contrôles aux frontières extérieures de l’UE. Elle est basée à Varsovie et est chargée d’opérations de contrôle et de surveillance en mer, sur terre et dans les airs, ainsi que de la mise en œuvre d’opérations de retours vers les pays d’origine.

Depuis sa mise en place, de nombreuses questions ont été soulevées quant à la compatibilité de son fonctionnement avec le respect des droits des migrants et notamment le droit d’asile.

Il existe très peu d’accès à l’information sur les activités de l’Agence, et aucun contrôle indépendant permettant d’évaluer les conséquences de ses opérations sur les droits de l’homme.

Frontex peut signer des accords avec les États tiers sans contrôle du parlement européen, y compris avec des pays ne garantissant pas le respect des droits humains.

En cas d’atteinte aux droits fondamentaux des migrants, la question de la responsabilité se pose car, alors que les États membres restent légalement responsables du contrôle des frontières et des opérations qui y sont reliées, l’agence jouit d’une autonomie croissante, notamment en signant des accords avec les pays tiers sans contrôle démocratique. Or, tant que la question fondamentale de la responsabilité n’est pas clarifiée, les violations des droits sont possibles en toute impunité.

Les axes majeurs des politiques migratoires européennes demeurent donc à ce jour :

- l’externalisation de la gestion des frontières, avec délocalisation et sous-traitance des contrôles dans les pays de départ ou de transit : via une coopération avec les pays voisins (d’origine et de transit), des financements, une coopération policière et militaire et la signature d’accords pour faciliter les expulsions.

Ceci entraine une déresponsabilisation des Etats membres de l’UE qui n’ont plus à assumer leurs obligations internationales (permettre l’accès au territoire pour les demandeurs d’asile, appliquer le principe de non refoulement, etc.), et se dédouanent de leur responsabilité en cas de violation des droits.

- la militarisation de ces mêmes frontières (qui engendre une augmentation de la migration irrégulière)

Le nombre de murs frontaliers s’est considérablement développé : d’une dizaine pendant la guerre froide, on en compte aujourd’hui 65 construits ou prévus dans le monde, y compris dans l’espace Schengen (entre l’Autriche et la Slovénie, la Hongrie et la Serbie…). À Calais, un véritable arsenal a été construit pour empêcher l’accès au port : deux murs d’un km de long, 10 km de doubles clôtures surmontées de barbelés, système de détection infrarouge le long de l’autoroute, haies d’épineux, inondations volontaires… À Ceuta et Melilla, des barrières de séparation de plusieurs kilomètres empêchent toute entrée du Maroc vers les enclaves espagnoles. Capteurs sonores, câbles de détection de mouvements, caméras thermiques, ces dispositifs nécessitent un coût d’entretien de 10 millions d’euros annuels…

Pourtant, des exemples économiques comme celui de la Suède témoignent de certains apports que peuvent représenter les migrations. Réfléchir aux causes de départ des migrants (confits locaux, dictatures, pénuries, catastrophes écologiques), à d’éventuelles améliorations qui permettraient de ralentir ou encadrer l’exode, n’est jamais incompatible avec un travail sur l’accueil, les apports du bénéfiques et du brassage des populations, afin de tendre vers des déplacements maîtrisés au maximum.

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